Sélectionner une page

Alexandre Dumas (1846)

alexandre dumasAlexandre Dumas – dit aussi Alexandre Dumas père – est un écrivain français né le 24 juillet 1802 à Villers-Cotterêts, dans l’Aisne et décédé le 5 décembre 1870 à Puys, près de Dieppe en Seine-Maritime.

Le récit que vous pourrez lire ci-dessous relate la seconde partie du voyage qu’Alexandre Dumas fit en 1846 depuis Paris jusqu’en Afrique du Nord, en passant par Séville et Cadix. L’époque se situe entre le 18 novembre 1846 et 3 janvier 1847. La première partie est quant à elle racontée dans De Paris à Cadix.

Le 20 novembre 1846, accompagné de son fils Alexandre et ses amis Auguste Maquet, Giraud, Desbarolles, et Louis Boulanger, Alexandre Dumas (père) s’embarque à Cadix à bord du « Véloce ». Il s’agit d’un bateau à vapeur de la marine militaire que le ministère de l’Instruction publique lui avait promis.

Les voyageurs se rendent d’abord sur la côte méditerranéenne du Maroc (Tétouan, Mellila, Djemar’Azouat), puis en Tunisie (Tunis, Carthage où se trouve le tombeau de Saint-Louis, ce qui donne à l’auteur l’occasion de nous conter l’histoire de ses croisades). Ils terminent leur voyage par l’Algérie (Bône, Stora, Philippeville, El Arrouch, Constantine, Smindoux, Blidah et enfin Alger). C’est d’ailleurs à Alger que l’auteur et ses compagnons laissent « Le Véloce » pour s’embarquer sur la frégate « L’Orénoque ». Ils repartent pour Toulon le 3 janvier 1847.

L’auteur nous livre non seulement les péripéties de son voyage mais aussi et surtout une quantité d’anecdotes locales et de récits historiques : on y trouvera notamment l’histoire de la récente conquête d’Alger par les Français et l’histoire des chasseurs de lions en Algérie. Il livre également un aperçu du regard « anthropologique » que portent ses contemporains Français sur les populations d’Afrique.

– Bonne lecture –

Le Véloce ou Tanger, Alger et Tunis
Chapitre XXXII – 1848

Bône :


« Les deux premières choses qui nous frappèrent en arrivant sur le pont furent la forteresse de Bône, théâtre d’un des premiers et des plus hardis coups de main de Youssouf, et la pointe du Lion, avec laquelle nous devions faire le soir même plus ample connaissance.

Le port de Bône est assez peu estimé des marins qui, dans les mauvais temps, ne s’y arrêtent que contraints et forcés. Les mouillages que l’on préfère sont ceux du fort Génois et des Caroubiers. En effet, le port de Bône n’est qu’un bas-fond d’une mauvaise tenue, l’ancre n’y mord que dans une couche de sable étendue sur le rocher et qui, dans les gros temps, atteinte et remuée par la lame, n’offre aucune résistance.

Autrefois Bône était riche. Quand nous disons autrefois, nous parlons d’il y a vingt, trente, quarante ans ; en 1810, par exemple, la population s’élevait à 10 000 âmes ; en 1830, lorsque nous fîmes la conquête de l’Algérie, elle n’était plus que de 1500.

En effet, les grains de la Crimée avaient tué l’exportation africaine. Les habitants ne demandaient plus à la terre ce riche superflu qu’on appelle le commerce, mais seulement ce strict nécessaire qu’on appelle la nourriture.

Le bruit de notre voyage s’était déjà répandu sur toute la côte, aussi, à peine eûmes-nous jeté l’ancre, que nous vîmes une barque se détacher du rivage et s’avancer vers nous. Cette barque était montée par le commissaire français, ancien ami à moi, qui venait, disait-il, nous confisquer à son profit. Nous n’avions rien au monde à dire contre cette bienveillante confiscation. Nous nous rendîmes chez lui, où nous trouvâmes sa femme et sa fille qui nous attendaient.

Nos promenades dans la ville furent courtes. La ville ne renferme rien de bien curieux : une assez belle mosquée, voilà tout, et une bible fort miraculeuse enfermée dans la synagogue juive. Du genre de miracles qu’elle faisait, personne ne m’en put rien dire.

Nous résolûmes une promenade à Hippone, ancien évêché de votre auteur favori, Madame, dont bien justement, à mon avis, vous préférez les Confessions à celles de Rousseau.

Notre hôte se chargea de trouver les chevaux, Hippone étant située à une lieue de Bône à peu près. Quant à moi, comme j’appris qu’on pouvait s’y rendre en chassant, je jetai mon fusil sur mon épaule, et, guidé par un colonel polonais qui m’avait disputé à mon ami le commissaire, et auquel j’étais définitivement resté, je m’acheminai vers le tombeau de saint Augustin, où était le rendez-vous général.

En sortant de la ville, on met le pied dans un grand marais qui s’étend à gauche jusqu’à la mer, à droite jusqu’au pied des montagnes. En face, l’horizon est borné par une petite chaîne de collines, aux premières rampes de laquelle s’élève le tombeau sacré. Nous suivîmes la rive droite de la Seybouse, le long de laquelle je tuai quelques bécassines et un canard sauvage. Enfin, au bout de trois quarts d’heure de marche, nous arrivâmes au tombeau, où je trouvai toute la caravane réunie.

Le tombeau est bâti sur les ruines de l’ancienne Hippone – Hippos Regius – Hippone royale. En effet, c’était la résidence des rois Numides ; mais de ces rois Numides, rien n’existe plus, pas même le nom. Saint Augustin a tout recouvert de son manteau pastoral, et son souvenir vit seul au milieu des ruines de la grande cité.

Saint Augustin est le saint des femmes, saint de poésie et d’amour qui lutta toute sa vie contre les ardents désirs de son cœur, et qui, après avoir fait de l’amour conjugal une passion, fit de l’amour filial un culte. Saint Augustin eût dû vivre du temps de Madeleine.

Né à Tagaste, le 13 novembre 354, élevé à Madaure, il visita Carthage dont les mœurs dissolues le révoltèrent, car rien n’est loin de la débauche comme l’amour. Milan, où l’attira l’éloquence de saint Ambroise, et où s’accomplit sa conversion, et enfin Hippone, où le peuple, touché de sa grande piété et de sa profonde éloquence, le força en quelque sorte à recevoir les ordres de la main du digne évêque auquel il succéda en 395.

Enfin, le 22 août 430, saint Augustin mourut pendant le troisième mois du siège d’Hippone par les Vandales. Il avait supplié Dieu de le rappeler à lui avant la prise de la ville : Dieu exauça sa prière. Les Vandales détruisirent la ville, mais ils respectèrent la bibliothèque et l’évêché, seuls biens que possédât saint Augustin et qu’il avait légués à l’église. Les Barbares se firent les exécuteurs testamentaires du saint.

Quant à lui, sa dépouille mortelle fut disputée par les différentes cités qui avaient eu le bonheur d’entendre sa parole. Ce fut d’abord Cagliari qui le posséda, puis Pavie.

Enfin, en 1842, le gouvernement français réclama pour la nouvelle Hippone une part de ces précieuses reliques. L’os de l’avant-bras droit nous fut concédé, déposé à bord du Gassendi et transporté à Hippone, et enterré en grande pompe à l’endroit où s’élève aujourd’hui le monument.

Par un hasard singulier, c’était le capitaine Bérard, commandant actuel du Véloce, qui commandait à cette époque le Gassendi.

Nous ne dirons rien du monument. Est-ce l’argent, est-ce le génie qui a manqué pour le faire digne du saint ? Nous voulons bien croire que c’est l’argent. Ce qu’on a de mieux à faire, au point de vue de l’art bien entendu, quand on est arrivé au pied du cénotaphe, c’est de s’asseoir en y tournant le dos, et de contempler le magnifique paysage qui se déroule aux yeux.

Au premier plan, les ruines de la vieille ville, à travers les échancrures de laquelle pénètre le regard ; au second plan, les marais coupés par la Seybouse ; au troisième et dernier, la ville en amphithéâtre, à gauche les montagnes, à droite la mer.

Ce fut là que fut décidée en grand conseil cette chose si importante pour nous de savoir si nous irions directement de Bône à Constantine par Guelma, ou si, prenant la route ordinaire, nous gagnerions Stora, de Stora Philippeville, et de Philippeville Constantine. Le voyage par Guelma était plus fatigant mais plus pittoresque ; puis, dès longtemps, j’avais un rendez-vous pris à Guelma avec Gérard, notre tueur de lions. »

Jean-André Peyssonnel (1723)

Jean-André Peyssonnel est un médecin et naturaliste français né le 19 juin 1694 à Marseille et décédé le 24 décembre 1759 à Saint-Bertrand de l’Isle-Grande Terre en Guadeloupe.

L’Académie des sciences le nomme correspondant en 1723 d’Étienne-François Geoffroy, chimiste et médecin français, puis d’Antoine de Jussieu botaniste également français, à partir de 1731 (il espérait, à l’époque, tirer de ces membres d’académies la reconnaissance de sa qualité de savant, ce qui ne fut malheureusement pas le cas).

Il entreprend divers voyages sur les côtes méditerranéennes pour étudier la nature du corail, et notamment en 1724, année où il se rend en Afrique du Nord : il rédige d’ailleurs le mémoire Voyage dans les régences de Tunis et d’Alger, fruit de ses observations. C’est un remarquable inventaire détaillé des pierres, plantes et animaux, et surtout des pratiques sociales du Maghreb au XVIIIème siècle.

Cet ouvrage est considéré comme la première ethnographie de l’Afrique du Nord.

Vous découvrirez ci-dessous un extrait, décrivant la ville d’Annaba :MONTAGE TITRE271-272P273 P274 P275 P276 P277 P278 P279 P280 P281 P282

Ali Ben Mohamed Etamekrouti (1589)

.علي بن محمد التمكروتي ، كاتب و مؤرخ ، ولد ببلدة تمكروت بوادي درعة بالمغرب عام 941 هـ(1534) ،توفي سنة 1003 هـ(1594) بمراكش
.تربى وسط عائلة متصفة بالعلم ،حيث تعلم في زاوية والده محمد بن علي هو وأخوه محمد ، وأخذ عن مشايخ منطقة درعة، ثم تفرغ للتدريس في الزاوية

استدعاه السلطان أحمد المنصور الذهبي للقدوم إليه بفاس ، و لما مثل أمام السلطان أحمد المنصور ، كلفه و معه الكاتب .محمد بن علي الفشتالي و الكاتب محمد بن علي بن أبي القاسم بالسفر إلى السلطان العثماني وتبليغ رسالته

(حيث ألف النفحة المسكيّة في السفارة التركيّة في سنة 991 هجري (1583 م

النفحة المسكية في السفارة التركية


123

456



Hassan al-Wazzan dit Léon l’Africain (1530)

 

leon l'africainHassan al-Wazzan (de son nom complet al-Hasan ibn Muhammad al-Zayyātī al-Fāsī al-Wazzān), dit Léon l’Africain (en arabe الحسن بن محمد الوزان الزياتي الحسن بن محمد الوزان الفاسي ), est né à Grenade en Andalousie musulmane en 1488.

Après la prise de la ville en 1492 par les Rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand II d’Aragon, sa famille se réfugie à Fès au Maroc.

Hassan El-Wazzan suit des études de théologie dans plusieurs écoles de Fès et à la Quaraouiyine. A l’âge de 20 ans, il accompagne son oncle maternel, ambassadeur, lors d’une mission diplomatique auprès du souverain de l’Empire Songhai, l’Askia Mohammed Touré.

Engagé définitivement sur la voie de la diplomatie pendant près de 10 ans, ses missions politiques et commerciales le mènent à travers tout le Maroc jusqu’aux zones pré-sahariennes ainsi que dans tous les pays du Maghreb, de l’Arabie, de l’Afrique saharienne, à Constantinople et en Égypte.

Capturé en 1518 par des pirates siciliens, eux-même menés par Pedro di Bobadilla, un chevalier de l’Ordre de Saint-Jean, il est « donné » en cadeau au pape Léon X. Le pape et Hassan El-Wazzan se portent mutuellement une très haute estime et l’on rapporte que c’est sur demande de Léon X qu’il se convertit au christianisme : il devient alors Jean-Léon de Médicis, dit « Léon l’Africain ».

On rapporte également que le pape l’aurait poussé à écrire son livre phare, la Cosmographia de Africa (= La description de l’Afrique). En effet, à cette époque, les seuls textes relatifs à ce continent disponibles aux chercheurs décrivaient l’Afrique de l’Antiquité. Aussi, cette description devint assez rapidement un ouvrage géographique de référence et la seule source de renseignement sur la vie, les mœurs, les us et coutumes de l’Afrique du XVIème siècle pour les Européens, en particulier les diplomates et explorateurs.

C’est d’ailleurs grâce à ce livre que Tombouctou devient une ville mythique dans l’imaginaire européen, inspirant René Caillié, parti à sa découverte.

À la mort du pape, Léon l’Africain quitte l’Italie pour aller vivre à Tunis, reprenant son premier nom, Hassan El Wazzan.
Il serait décédé en 1548, mais il n’existe aucune information fiable à ce jour tant sur la date que le lieu réels de sa mort.

Ci-dessous, un extrait de la Cosmographia de Africa (= La description de l’Afrique).1 2 3 4 5

 

Piri Reis (1521)

piri reisPiri Reis, de son vrai nom Ahmed b.al-Hadj Muhammed-i Karamani-i Larendevi, est né vers 1465 à Gallipoli (actuelle Turquie).

Entre 1490 et 1495, il navigue à plusieurs reprises en Méditerranée occidentale, et notamment le long des côtes de l’Algérie et de la Tunisie sous les ordres de son oncle, Kemal Reis, grand corsaire ottoman. Il aurait d’ailleurs effectué avec ce dernier en 1487, sa première expédition vers les côtes du Maghreb. Par la suite, il participe à la conquête de la Syrie et de l’Egypte et revient une nouvelle fois en Afrique du Nord.

Nommé grand-amiral de la flotte ottomane d’Egypte et de l’Inde dès 1547, il réalise une expédition malheureusement catastrophique en 1552-53 vers les côtes d’Arabie et du Golfe Persique : elle fut la cause de sa condamnation à mort en 1553.

Corsaire puis amiral, il est davantage connu pour ses cartes et ses instructions nautiques que pour ses exploits maritimes. Il est très probablement le premier cartographe turc : on garde de lui deux cartes du monde, dessinées en 1513 et en 1528 et aujourd’hui conservées au musée de Top-Kapi à Istanbul.

Quant au Kitab-i Bahriye dont il est l’auteur, rédigé une première fois en 1521, puis remanié et augmenté en 1525, il s’agit d’un véritable recueil d’instructions nautiques et une description de la quasi-totalité des côtes de la mer Méditerranée.

Dans la première partie de son œuvre, Pirî Reis informe les lecteurs sur les difficultés de la navigation, les marées, les vents et tempêtes, les lieux d’ancrage ; dans la seconde partie, il livre une description précise des côtes, donnant des renseignements sur les ports, les mouillages et la façon d’y pénétrer, insistant particulièrement sur les écueils, les caps, les hauts-fonds, les îles, les points de repère, etc.

Voici un extrait intéressant (traduit) de ce fameux ouvrage. Il s’agit d’une description d’Annaba et d’une carte d’illustration (en bas de page, vous trouverez la traduction de Robert MANTRAN, professeur de turcologie à l’université d’Aix-Marseille).

Piri Reis kitab bahriya 1 Piri Reis kitab bahriya 2 Piri Reis kitab bahriya 3 Piri Reis kitab bahriya 5

Traduction :

De Porto Takouch au cap Sidi Merwan (46) il y a trente milles, vers l’Est. Sur cette route, à environ deux milles au large, il y a un récif : on voit ce récif sur la mer. Au Sud du cap Sidi Merwan, face à l’Est se trouve une baie : on l’appelle Ras al-Ghabar (47). De cet endroit jusqu’à la forteresse de la ville de Annab,il y a cinq milles. Que cela soit ainsi connu. Voilà tout. Le sultan de Tunis est le possesseur de cette forteresse. Dans les étendues qui sont au voisinage de cette forteresse, il y a des plantes en grand nombre, appelées akir karha (49). Les Arabes ramassent cette herbe et la vendent au poids aux navires qui vont et viennent ; il y a aussi un très grand nombre de lions. C’est pourquoi, en ces lieux on ne marche pas même de nuit en caravane, de crainte des lions ; on dit que ces lions ont pris des hommes des caravanes.

Au Sud-Ouest de la forteresse de la ville de ‘Annab, à deux milles, il y a un grand fleuve (50), les navires peuvent y pénétrer. Avec feu Kemal Reis, j’ai hiverné deux fois dans ce fleuve. Au Nord-Ouest de celui-ci, il y a des jardins et des vergers, et au Sud-Est une vaste plaine dénudée. Maintenant il convient de signaler que, en venant de la mer, les repères qui sont dans le voisinage de cette forteresse sont les suivants : on voit de hautes montagnes ; au-dessus de ces montagnes, face à l’Est, on voit un cap arrondi en forme de tente ; on l’appelle le cap Sidi Merwan.

De loin, ce cap ressemble presque à une Ile. On arrive droit sur ce cap, ayant laissé ce cap à l’Ouest on avance de cinq milles vers le Sud, et un (autre) cap apparaît (51) ; on contourne ce cap par l’Est et après deux milles (p. 644) on arrive devant la forteresse ; on peut alors jeter l’ancre. Si on jette l’ancre au Sud du cap qui est à deux milles de la forteresse, c’est un bon mouillage. Là on peut amarrer les barques au rivage, jeter l’ancre, car il y a dix brasses d’eau. C’est un mouillage, aux vents autres que les vents d’Est et de Nord-Est ; c’est un endroit qui évite aux navires le vent du Nord-Est, partout c’est un lieu d’ancrage aux eaux pures et calmes.

(46) Correspond au Cap de Garde, aussi appelé Ras el-Hamra.
(47) C’est l’anse du Fort Génois, ou la Baie des Corailleurs.
(48) Exactement ‘Annaba (Bône). Pirî Reis adopte aussi la lecture ‘Ounnab (= jujube).
(49) Anthémis pyrethrum.
(50) L’Oued Sebouse.
(51) Ce lieu parait correspondre au Rocher du Lion, sur les cartes.